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lundi 22 avril 2019

Organisation et spontanéité

Manifestation spontanée des ouvrières du textile en grève - Bangladesh, janvier 2019
La question de l’organisation et de la spontanéité a toujours été posée au sein du mouvement ouvrier comme un problème de conscience de classe, lié aux rapports de la minorité des révolutionnaires avec la grande masse d’un prolétariat imbu d’idéologie capitaliste. Tout portait à croire, disait-on, que la conscience révolutionnaire fût le propre seulement d’une minorité, laquelle, en s’organisant, l’entretiendrait et la traduirait en actes. Quant aux masses ouvrières, ce n’est que contraintes et forcées qu’elles passeraient à l’action révolutionnaire. Lénine envisageait cette situation avec optimisme. D’autres, à l’instar de Rosa Luxemburg, étaient d’un avis tout différent. Le premier visant à instaurer une dictature de parti, accordait une primauté absolue aux questions d’organisation. A l’inverse, Rosa Luxemburg, voulant parer au danger d’une nouvelle dictature sur les travailleurs, mettait l’accent sur la spontanéité. Ils étaient toutefois persuadés l’un comme l’autre que si dans certaines conditions, la bourgeoisie déterminait les idées et le comportement des masses laborieuses, dans d’autres conditions, une minorité révolutionnaire pourrait en faire autant. Mais, à l’époque même où Lénine considérait cela comme un facteur on ne peut plus favorable à la réalisation du socialisme, Rosa Luxemburg ne cachait pas ses craintes de voir une minorité quelconque, ayant accédé à la position de classe dominante, penser et agir à la manière exacte de la bourgeoisie d’hier.

dimanche 17 mars 2019

Les divergences de principe entre Rosa Luxemburg et Lénine

 
Rosa Luxemburg et Lénine se sont formés l’un comme l’autre au sein de la social-démocratie dont ils furent des figures éminentes. Leurs œuvres à chacun devaient non seulement exercer une influence considérable sur les mouvement ouvriers russe, polonais et allemand, mais encore avoir une portée historique universelle. Car tous deux incarnèrent l’opposition au révisionnisme et au réformisme inhérents à la II° Internationale, et leurs noms restent indissolublement liés à la réorganisation du mouvement ouvrier pendant et après la guerre mondiale. Ces marxistes, à la personnalité d’une trempe exceptionnelle, qui ne séparèrent jamais la théorie d’avec la pratique, furent – pour reprendre une expression chère à Rosa Luxemburg – des « chandelles brûlant par les deux bouts ».

lundi 4 mars 2019

Les conseils ouvriers et l’organisation communiste de l’économie

Ouvrières mexicaines participant à l'immense grève sauvage de Matamoros - Janvier 2019
 Nous avons reçu de Prague les thèses suivantes, parues dans le numéro 20 de Neue Front [1].  Elles sont publiées sous le titre « Marxisme révolutionnaire et révolution socialiste » par un groupe de marxistes-révolutionnaires « organisés dans la social-démocratie allemande ». Voici leur Conception de la voie vers le socialisme. Nos critiques suivent.

dimanche 16 septembre 2018

Lénine et sa légende


Plus le visage embaumé de Lénine jaunit et se parchemine, plus la queue des visiteurs à la porte de son mausolée s’allonge, et moins les gens s’intéressent au véritable personnage et à sa dimension historique. Chaque jour, de nouveaux monuments sont élevés à sa mémoire, des metteurs en scène en font le héros de leurs films, des livres sont écrits à son propos et les pâtissiers russes confectionnent des figurines de pain d’épice à son effigie. Mais les traits flous des Lénine en chocolat égalent bien les histoires inexactes et douteuses qui courent à son sujet. Et bien que l’Institut Lénine publie ses oeuvres complètes, elles ne signifient désormais plus rien en comparaison des légendes fabuleuses qui se sont développées autour de son nom. 

jeudi 10 mai 2018

Stalinisme et bolchevisme


Trotsky prétend qu’en rédigeant sa biographie de Staline (1) il poursuivait un but : montrer « comment une telle personnalité a pu se développer et comment elle a fini par usurper une situation exceptionnelle ». Tel est le but avoué. Mais le but réel est tout autre. Il s’agit de montrer pourquoi Trotsky a perdu la position de force qui était la sienne à un certain moment, alors que c’est lui qui aurait dû être l’héritier de Lénine, étant plus digne de cet héritage que Staline. Ainsi, avant la mort de Lénine, ne disait-on pas communément « Lénine et Trotsky » ? Ne renvoyait-on pas systématiquement le nom de Staline vers la fin, voire même à la dernière place, des listes de dirigeants bolcheviques ? N’a-t-on pas vu, en telle ou telle occasion, Lénine proposer de ne mettre sa signature qu’après celle de Trotsky ? Bref le livre nous permet de comprendre pourquoi Trotsky pensait qu’il était l'« héritier naturel de Lénine ». En fait c’est une double biographie : celle de Staline et de Trotsky.

samedi 6 août 2016

Otto Rühle et le mouvement ouvrier allemand


L’activité d’Otto Rühle dans le mouvement ouvrier allemand fut liée au travail de petites minorités restreintes à l’intérieur et à l’extérieur des organisations ouvrières officielles. Les groupes auxquels il a directement adhéré n’eurent à aucun moment une importance véritable. Et même à l’intérieur de ces groupes il occupa une position spéciale; il ne put jamais s’identifier complètement à aucune organisation. Il ne perdit jamais de vue les intérêts généraux de la classe ouvrière quelle que soit la stratégie politique spéciale qu’il ait soutenue un moment particulier.
Il ne pouvait pas considérer les organisations comme une fin en elles-mêmes mais simplement comme moyens pour l’établissement des relations sociales réelles et pour le développement plus complet de l’individu. A cause de ses larges conceptions sur la vie, il fut par moments accusé d’apostasie, et pourtant il mourut comme il avait vécu. Socialiste dans le sens réel du mot.

mercredi 20 juillet 2016

Nationalisme et socialisme

Qu’elles soient soudées par l’idéologie, par les conditions objectives ou par la combinaison habituelle des deux, les Nations sont des produits d’un déve­loppement social. Il n’y a pas plus de raison de chérir ou de maudire le tribalisme ou, pour la même raison, un cosmopolitisme idéal. La nation est un fait pour ou contre lequel on lutte, suivant les circonstances histo­riques et leurs implications pour les populations et, à l’intérieur de ces populations pour les différentes classes.
L’État national moderne est à la fois produit et con­dition du développement capitaliste. Le capitalisme tend à détruire les traditions et les particularités na­tionales en étendant son mode de production partout dans le monde. Cependant, quoique la production mon­diale, et quoique le  « vrai » marché capitaliste soit le marché mondial, le capitalisme surgit dans certaines nations plus tôt que dans d’autres, trouva des condi­tions plus favorables dans certains endroits, y réussit mieux, et combina ainsi des intérêts capitalistes spé­ciaux avec des besoins nationaux particuliers. « Les nations progressives » du dernier siècle furent celles où se produisit un développement capitaliste ra­pide ; « les nations réactionnaires » furent celles où les rapports sociaux entravèrent le développement du mode capitaliste de production. Parce que le « proche avenir » appartenait au capitalisme, et, parce que le capitalisme est la condition préalable du socialisme, les socialistes non-utopistes favorisèrent le capitalisme com­me opposé aux vieux rapports sociaux de production, et saluèrent le nationalisme dans la mesure où il pou­vait hâter le développement capitaliste. Sans l’admettre ouvertement, ils n’étaient pourtant pas loin d’accepter l’impérialisme capitaliste comme moyen d’en finir avec la stagnation et le retour des contrées non-capitalistes, d’orienter ainsi leur développement dans des voies progressives. Ils étaient favorables aussi à la dispari­tion des petites nations incapables de développer l’éco­nomie sur une grande échelle, et à leur absorption par des entités nationales plus larges, capables de dévelop­pement capitaliste. Ils soutenaient cependant les petites « nations progressives » contre les grands pays réaction­naires et si elles étaient absorbées par ces derniers, firent cause commune avec les mouvements de libéra­tion nationale. 

mardi 31 mai 2016

Interview : Paul Mattick et Lotta Continua

Activistes ouvriers italiens à l'assaut du local fasciste du parti MSI
Lotta Continua : Tout semble indiquer que nous sommes entrés dans une période de grave crise économique et sociale. Quels en sont les traits nouveaux par comparaison avec la crise des années 1930 ?
PAUL MATTICK : Les raisons fondamentales de la crise actuelle sont identiques à celles de toutes les crises précédentes du système capitaliste. Mais toutes les crises présentent aussi des caractères spécifiques en ce qui concerne leur apparition, les réactions qu’elles provoquent et leurs conséquences.
À l’origine de ces traits distinctifs se trouvent les transformations structurelles du capital. Une crise survient en général à la suite d’une période d’accumulation convenable, au cours de laquelle les profits produits et réalisés ont suffi à assurer le maintien d’un rythme d’expansion donné.
Cet état de prospérité capitaliste exige des gains de productivité constants et assez élevés pour contrebalancer le déclin relatif de rentabilité qu’entraînent les transformations structurelles du capital. La recherche du profit, que les capitaux individuels effectuent sous le fouet de la concurrence, donc à l’aveuglette, ne peut que se poursuivre sans tenir aucun compte des transformations intervenues dans le rapport capital/travail inhérent à la composition sociale du capital.